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Dans le Maine-et-Loire, une entreprise familiale fait doucement bouger les lignes du marché des œufs. Pas avec des slogans, mais avec des poules mieux traitées, des fermes partenaires et une vision très longue durée. L’Œuf des 2 Moulins veut s’imposer comme un acteur clé des œufs alternatifs, tout en restant ancré dans son territoire.
L’Œuf des 2 Moulins est installée à Montrevault-sur-Erdre. À l’origine, ce n’est qu’un élevage familial de poules pondeuses. Les parents commencent à produire des œufs dans les années 1970, puis à les vendre eux-mêmes une dizaine d’années plus tard.
Progressivement, l’exploitation se structure, rejoint un grand groupement national, puis investit dans un centre de conditionnement moderne. Aujourd’hui, ce sont les enfants, Stéphanie et Bertrand Ripoche, qui dirigent la société. Ils ont fait un choix clair : se spécialiser dans les œufs provenant d’élevages alternatifs et biodynamiques, loin du modèle « poules en cage ».
Entre 2019 et 2022, l’élevage a complètement changé de visage. Les bâtiments de cages (code 3) ont été transformés en structures d’élevage au sol (code 2) et en élevage plein air (code 1). Une mutation lourde, coûteuse, mais stratégique.
Les bâtiments les plus récents étant assez hauts, il a été possible d’installer des volières sur deux niveaux. Résultat : la transition n’a pas entraîné une chute drastique du nombre de poules, ce qui reste vital pour la rentabilité. Dans certains de ces bâtiments, les poules du niveau inférieur ont accès à un parcours extérieur, ce qui permet de produire des œufs plein air.
Au total, le site compte désormais environ 120 000 poules élevées au sol et 40 000 poules en plein air. L’ensemble permet de commercialiser près de 40 à 45 millions d’œufs par an, rien que pour l’élevage familial.
L’Œuf des 2 Moulins ne se contente pas d’améliorer le bien-être animal. L’entreprise travaille aussi sur son empreinte environnementale. Toutes les fientes sont séchées puis valorisées en engrais. Les parcours sont végétalisés et accueillent des ruches, ce qui favorise la biodiversité locale.
Sur le plan énergétique, le site est équipé de panneaux ou trackers solaires qui fournissent environ 30 % de l’électricité consommée. Un projet d’agrivoltaïsme est aussi à l’étude pour aller plus loin dans cette logique : produire de l’énergie tout en continuant à élever des poules et à entretenir des sols vivants.
Autre atout majeur : tous les œufs sont conditionnés sur place. Le centre de conditionnement a été agrandi dès 2010. Depuis, la robotisation y a pris une place centrale afin de limiter la pénibilité et les gestes répétitifs pour les salariés.
Le site dispose notamment :
Les emballages utilisés sont désormais tous recyclables. Pour la collecte des œufs dans les élevages, seules des alvéoles lavables sont employées. Un détail en apparence, mais un vrai levier pour réduire les déchets au quotidien.
Pour répondre à la demande très forte en œufs alternatifs, l’entreprise ne s’appuie pas seulement sur son propre élevage. Elle tisse un réseau de partenariats avec d’autres producteurs situés à moins de 50 km.
Actuellement, L’Œuf des 2 Moulins travaille avec :
Ces collaborations reposent sur des contrats de long terme, généralement établis sur dix bandes. Concrètement, cela correspond à plusieurs années de production, souvent proches de la durée de remboursement des bâtiments pour les éleveurs.
Le prix est calculé sur la base du coût de l’aliment, mais aussi en fonction de l’énergie, des bâtiments et d’autres postes de charges. Il est réévalué régulièrement. Ce cadre permet aux éleveurs de mieux sécuriser leurs investissements. Les œufs sont collectés directement sur les fermes deux à trois fois par semaine.
Au final, L’Œuf des 2 Moulins conditionne environ 125 millions d’œufs par an. La répartition est assez équilibrée entre les différents modes d’élevage :
L’entreprise propose 95 références, sous plusieurs marques :
En termes de débouchés, environ 85 % des œufs partent en grandes et moyennes surfaces. Les 15 % restants alimentent des grossistes et la restauration collective. La société ne reste donc pas enfermée dans un seul canal, ce qui est précieux pour amortir les variations du marché.
En France, la consommation d’œufs continue d’augmenter. Les dernières années ont montré des hausses annuelles de l’ordre de 4 % puis 5 %. Dans le même temps, les consommateurs se tournent de plus en plus vers les œufs alternatifs, quitte à payer un peu plus cher pour du plein air ou du bio.
Les grandes enseignes poussent dans le même sens. Elles annoncent régulièrement la sortie progressive des œufs de poules en cage. Cela crée une pression forte sur la filière, mais aussi de belles perspectives pour les acteurs déjà positionnés sur ces segments, comme L’Œuf des 2 Moulins.
Pour poursuivre sa croissance, l’entreprise cherche donc de nouveaux éleveurs partenaires, surtout en plein air. Son propre élevage est centré sur le code 2, ce qui laisse de la place pour compléter l’offre avec du plein air et du bio, sans saturer son outil de production.
L’Œuf des 2 Moulins n’est pas isolé. L’entreprise fait partie du groupement L’Œuf de nos Villages, une structure créée en 1987 par des éleveurs et des centres de conditionnement. L’idée : mettre en commun les forces commerciales, le marketing, la qualité et la logistique.
Aujourd’hui, ce groupement rassemble :
Au global, L’Œuf de nos Villages commercialise près de 2,3 milliards d’œufs par an. Cela représente environ 30 % des œufs vendus en grandes surfaces en France, pour un chiffre d’affaires d’environ 300 millions d’euros.
Pour un éleveur, rejoindre ce type de réseau apporte un accès direct au marché, un soutien technique et une meilleure visibilité sur les débouchés. Pour des structures comme L’Œuf des 2 Moulins, cela permet de disposer d’une marque forte, déjà connue des consommateurs.
Pour mieux comprendre ce modèle, il suffit de regarder le parcours d’un éleveur partenaire en bio. Sur une exploitation familiale d’environ 90 hectares, un atelier de poules pondeuses bio a été créé pour diversifier l’activité, à côté d’un bâtiment de volailles de chair et des cultures.
Deux bâtiments de 1 500 m² chacun ont été construits, avec un parcours extérieur adapté au cahier des charges de l’agriculture biologique. Chaque bâtiment accueille environ 9 000 poules pondeuses, soit au total 18 000 poules. L’investissement global a tourné autour d’1 million d’euros, avec une aide publique d’environ 48 000 euros.
Un contrat tripartite a été signé avec un groupe d’alimentation animale et L’Œuf des 2 Moulins. Il fixe la reprise des œufs et des poules de réforme sur dix bandes, soit une douzaine d’années. En échange, l’éleveur s’approvisionne en poulettes et en aliment auprès du groupe partenaire.
Ce type de contrat rassure les banques, car il sécurise un revenu minimum sur une durée assez proche de l’amortissement des bâtiments. Même si la demande en œufs bio varie au fil des ans, l’éleveur ne dépend plus uniquement du marché spot. Ses revenus reposent avant tout sur ses performances techniques : taux de ponte, gestion du troupeau, conduite des parcours.
En rayon, le consommateur ne voit souvent que la couleur de la boîte, le prix et parfois le logo d’un label. Pourtant, derrière un œuf alternatif, il y a souvent :
Choisir un œuf de code 1, 2 ou bio, c’est donc soutenir ce type de filière. Ce n’est pas un geste parfait, mais c’est un pas concret vers un modèle de production plus responsable.
Avec la montée en puissance du bien-être animal, de la transparence et des attentes environnementales, la filière œufs va encore beaucoup bouger dans les années à venir. Les élevages en cage reculent, les investissements se concentrent sur l’alternatif, et les partenariats de long terme deviennent la norme.
L’Œuf des 2 Moulins illustre bien cette transition. Une entreprise partie d’un élevage familial, qui assume maintenant un rôle d’acteur central dans l’organisation de la filière locale, entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Pour les consommateurs comme pour les éleveurs, l’enjeu est clair : transformer cette dynamique en un cercle vertueux durable, où chaque œuf raconte un peu plus qu’une simple date de ponte.