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Quand on pousse le portail de la Chatterie d’Escalière, à Calvas, tout change. Le bruit de la route disparaît, remplacé par les ronronnements, quelques miaulements timides et le froissement doux des pattes sur le gravier. Ici, 150 chats brisés par la vie trouvent enfin un endroit où respirer. Un refuge modeste, mais un vrai havre de paix.
L’histoire commence avec une association, Coup de Cœur Animal, fondée par Vanessa Picard. Au départ, elle s’occupe surtout de chiens, avec une structure très simple, presque familiale. Puis survient un choc. Une affaire terrible de maltraitance de chats, découverte près de Nîmes en 2017.
Vanessa se rend sur place avec d’autres défenseurs des animaux. Elle voit de ses yeux des conditions de vie indignes. Trop de souffrance, trop d’oubli. Elle comprend alors qu’il faut plus qu’une simple indignation. Il faut un lieu sûr, stable, pensé pour les félins. C’est là que naît l’idée de la Chatterie d’Escalière.
Une amie lui met à disposition un terrain d’environ 900 m², au calme, chemin de Font-Escalière. Elle accepte. Elle se lance. Le refuge pour chats sort de terre, avec des moyens modestes, mais une volonté énorme. Peu à peu, les box, les abris, les espaces de repos et les zones de jeux prennent forme.
Très vite, la Chatterie d’Escalière devient un point de chute pour de nombreux félins abandonnés, maltraités, ou simplement laissés de côté. Vanessa ne ferme pas la porte. Elle élargit même sa mission en reprenant les chats d’une autre association, Animal’s Planet, dont la présidente, Valérie Beccaria, est décédée accidentellement.
Au lieu de disperser ces animaux déjà fragilisés, la chatterie les rassemble. Elle offre une continuité, une sorte de passerelle entre l’ancien refuge et ce nouveau foyer. Aujourd’hui, sur le terrain, on croise des chats de tous âges. Des timides qui restent en hauteur, des curieux qui viennent renifler chaque visiteur, et des grands blessés de la vie qui apprennent, doucement, à faire à nouveau confiance.
Derrière ces 150 chats, il n’y a pas une grande structure nationale. Il y a surtout des bénévoles, une vingtaine au total pour l’ensemble de l’association. À la Chatterie d’Escalière, beaucoup sont des femmes, de tous âges, qui donnent du temps, de l’énergie, parfois même de l’argent.
Vanessa ne travaille pas seule. À ses côtés, il y a par exemple Marie, vice-présidente, très investie auprès des félins. Anne-Marie, retraitée, qui s’occupe de la décoration, de l’aménagement, de tous ces petits détails qui rendent le lieu plus chaleureux. Et puis Sarah, arrivée il y a deux ans. Elle prend en charge la communication, les événements, les animations qui permettent de faire connaître le refuge et de récolter des fonds.
Vanessa le dit souvent : elle essaye que chaque bénévole ait un rôle qui lui correspond. La personne qui adore bricoler va améliorer les enclos. Celle qui aime parler avec le public anime les journées portes ouvertes. Une autre se chargera plutôt des soins de base, du brossage, de la surveillance des plus fragiles. Chacun trouve sa place. Et cela se sent dans l’ambiance sur le terrain.
L’association n’a pas d’adhérents classiques. Elle s’appuie surtout sur des bienfaiteurs, des personnes qui, mois après mois, envoient ce qu’elles peuvent. Certaines donnent ponctuellement. D’autres s’engagent sur la durée. Comme cette dame qui effectue un virement de 300 € tous les 25 du mois. Ce geste, répété dans le temps, permet au refuge de tenir.
Des vétérinaires bienveillants soutiennent aussi la chatterie. Ils savent que le budget santé explose vite. Ils proposent parfois des tarifs adaptés ou des facilités de paiement. Mais même avec ces aides, les chiffres restent lourds : environ 4 000 à 5 000 € par an pour la santé et l’alimentation. Sans compter les cas graves, comme ce traitement contre la PIF, une forme de coronavirus félin, qui peut atteindre 800 à 900 € pour un seul chat. Quand il faut soigner, ils soignent. Même si le compte bancaire se retrouve dans le rouge.
Le refuge accueille aussi des stagiaires. Par exemple, durant les fêtes de fin d’année, un lycéen d’Uzès, Kevin, et Jessica, en classe Ulis à Nîmes, sont venus découvrir le quotidien de la chatterie. Ils participent au nettoyage, à la préparation des gamelles, à la socialisation des chats. Pour eux, c’est une immersion concrète. Pour l’équipe, c’est un soutien, mais aussi un moyen de sensibiliser les jeunes au respect du vivant.
La Chatterie d’Escalière n’est qu’un des volets de l’association Coup de Cœur Animal. Avec le temps, la structure s’est développée. Toujours avec les mêmes valeurs, mais avec des missions élargies.
En 2022, l’association crée un pôle chevaux à Fons, à la suite d’un important sauvetage. Des équidés en détresse y trouvent un lieu de repos, des soins, une éducation plus douce. Puis, en 2024, une ferme à Manduel dédiée aux lapins voit le jour. Là encore, des animaux souvent oubliés, parfois abandonnés dans des conditions très dures, sont enfin pris au sérieux.
Ainsi, les bénévoles se répartissent sur trois pôles : les chevaux à Fons, la ferme de Manduel, et la chatterie à Calvas. Trois lieux, trois ambiances, mais un même fil conducteur : offrir une seconde chance à ceux qui n’en ont plus.
Aujourd’hui, le refuge abrite environ 150 chats. Un chiffre qui donne le vertige, surtout quand on pense à tout ce que cela implique au jour le jour. Il faut nourrir tout ce petit monde, nettoyer les litières, surveiller l’état de santé, repérer celui qui s’isole, celui qui mange moins, celui qui commence à éternuer.
Le matin, les bénévoles arrivent souvent tôt. Ils préparent les rations en tenant compte des besoins de chacun : croquettes pour les uns, pâtée plus appétente pour les plus fragiles, aliments spécifiques pour les seniors ou les chats malades. L’après-midi, place aux soins, aux câlins, à la socialisation. Certains chats restent craintifs pendant des mois. D’autres, au contraire, deviennent de véritables “pots de colle” en quelques jours.
Sur le terrain, l’environnement est pensé pour limiter le stress : abris en hauteur, cachettes, coins douillets, zones ombragées. Des jeux simples, des plateformes, quelques arbres pour grimper. Le but n’est pas le luxe, mais le confort. Un lieu où l’animal se sent enfin en sécurité.
Derrière les beaux portraits de chats apaisés, la réalité reste fragile. Les comptes sont souvent dans le rouge. Les factures vétérinaires tombent. Le prix de l’alimentation augmente. Et les demandes de prise en charge continuent d’affluer. Trop d’abandons, trop de portées non contrôlées.
Alors, comment aider concrètement un refuge comme la Chatterie d’Escalière ?
Et, bien sûr, en envisageant l’adoption responsable. Pas sur un coup de tête, mais après réflexion. Un chat adopté à la Chatterie d’Escalière, c’est une place qui se libère pour un autre en détresse. C’est un petit morceau de ce refuge qui entre chez vous.
À Calvas, la Chatterie d’Escalière ne fait pas de bruit. Elle n’a pas de grandes campagnes nationales. Pourtant, jour après jour, elle change le destin de dizaines de félins. Elle transforme des histoires de peur en vies plus douces, plus stables.
En soutenant ce type de refuge, vous ne faites pas qu’aider des animaux. Vous soutenez aussi une vision de la société, plus attentive, plus respectueuse des plus vulnérables. Dans un coin de campagne, sur 900 m², ce petit monde continue de ronronner. Et, quelque part, cela fait du bien à tout le monde.